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Strat

Le projet Stat est un des projets de Museomix #1 les plus ambitieux d’un point de vue muséographique puisqu’il s’agit d’augmenter numériquement une pièce entière du Musée, le Cabinet des fables, par des technologies immersives et utilisant seulement le déplacement du visiteur comme interface.

Des marques visuelles apparaissent au sol, indiquant au visiteur des zones augmentées et quand il s’y trouve, il entend un commentaire sonore lié à sa position.
La gageure du projet est de vouloir réaliser cela sans faire appel à des appareils individuels afin de proposer une expérience immersive collective.

Cela suppose de disposer :
- d’un système de détection de mouvement couvrant toute la pièce. Vu le recul d’une kinect qui est aujourd’hui le hardware le moins cher pour cela, cela demanderait plusieurs caméras. (une variante peut être imaginée avec les systèmes de laser infrarouges qui balaient une grande surface).
- une projection au sol sur toute la surface du sol (donc avec un ou des vidéoprojecteurs courte focale)
- et surtout un système de restitution sonore qui soit capable de diffuser sélectivement des sons différents en plusieurs points de l’espace, par exemple à base de flatphone ou de canon à son.

L’équipe ne s’est pas enfermée dans ces limites techniques (de toute façon vu qu’il n’y avait aucun moyen d’accrocher quoique ce soit au plafond, elle savait qu’elle ne pouvait pas envisager un système totalement opérationnel) mais a mis en place un dispositif permettant de maquetter le système pour l’expérimenter. Un écran multitouch permettait de piloter un vidéoprojecteur et de dessiner sur le sol les interactions liées au déplacement du visiteur tout en lui lançant manuellement les sons contextuels. Nous étions dans une méthode de maquettage bien connue dite du Magicien d’Oz.

Nos romantiques Marsoins ont surtout fait un travail important sur le contenu et la particularité du cabinet des fables : à partir de son histoire et des différentes niveaux de lecture des fables pour proposer un contenu à plusieurs dimensions, qui varie dans le temps sans entrer dans le ludique qui disperserait l’attention et enfin rajouter une fonction sociale, multi-utilisateurs.

Ce point est important car je pense qu’il ne faut pas s’arrêter au dispositif. La valeur du projet est plutôt autour d’une narration à plusieurs niveaux qui essaie d’être intuitive tout en faisant entrer le visiteur dans une dimension cachée de la pièce et dans une démarche collective. La forme reste importante, car disposer d’un tel contenu en suivant la trame linéaire d’une vidéo (il y a actuellement un audiovisuel dans cette pièce) ne permet pas de rapidement percevoir la dimension multiple de cet espace. Il faut être allé au bout de la vidéo pour le comprendre, or n’ayant pas un endroit pour s’asseoir le visiteur n’est pas forcément disposé à la regarder en entier. Percevoir assez rapidement que cette pièce cache quelque chose, être récompensé rapidement d’une démarche de recherche donne envie d’en savoir plus de continuer l’exploration et d’entrer dans l’histoire ou plutôt les histoires de ces fables.

Revenons au dispositif lui même, j’ai pour l’instant un doute sur l’aspect multiutilisateur du système et le problème principal vient de la diffusion sonore. Je ne connais pas de technologie qui permette de diffuser des sons différents à plusieurs personnes dans une pièce aussi petite sans avoir le recours à un casque et sans perturbation. Il faudrait plusieurs projecteurs sonores motorisés (comme dans le prototype de téléphone-banane présenté à Laval Virtual 2011. Et encore on sait combien il est difficile de régler le niveau sonore de ces appareils et éviter qu’ils n’y ait de nombreuses réflexions. Une variante plus simple serait d’avoir 4 sources sonore au plafond dirigée à peu près vers les 4 coins de la salle (flatphones par exemple) et d’accepter une granularité multi-utilisateur qui ne dépasse pas le quart de la pièce (on entend le même son dans un quart de la pièce).

Autre possibilité : proposer un casque, avec en plus une petite led qui permettra à la caméra de repérer simplement les différentes positions du public dans la pièce, à chaque visiteur. Mais on rentre toute de suite dans un problème de logistique, de prêt, d’encombrement...

Par contre, il est vrai que le jour où un tel dispositif aura fait ses preuves, il sera facile de le décliner dans de nombreuses applications.

En entendant les conversations autour de cette salle, cela m’a donné l’idée d’un sujet à exploiter : parmi les fables présentées dans ce cabinet, certaines nous sont inconnues. Il y aurait un beau projet à monter de participation des publics (en ligne ou en atelier) pour imaginer et écrire ces fables disparues simplement en partant de leur traces picturales dans cette pièce.

Pour terminer, je vous invite à regarder la vidéo d’une technologies en cours de développement chez Microsoft qui utilise comme ici un système de localisation des personnes dans une pièce et le couple avec un appareil portable pouvant comme ici diffuser du son mais aussi projeter de l’image avec un picoprojecteur. Voyez et imaginez tout ce que l’on pourrait en faire dans le cabinet des fables... et ailleurs.

Quelles sont les questions que ce dispositif pose au Musée des Arts décoratifs ?

  • Est-ce pertinent d’augmenter numériquement des objets de collection ? Les instrumentalise-t’on, les dénature-t’on ou leur donne-t’on d’avantage de sens ?
  • Comment utiliser du son de manière individuelle et collective ?
  • Comment proposer différents niveaux de lecture au visiteur sans encombrer le visiteur d’un appareil mobile captant son attention ou l’enfermant dans sa bulle personnelle ?
  • Comment créer des dynamiques d’échange entre visiteurs ?

mercredi 7 décembre 2011 par Yves-Armel Martin