
23/06/2026
Depuis 2025, la Classe Culturelle Numérique "MaVille" invite les élèves de la Métropole à regarder autrement les espaces publics. Le projet transforme la ville en terrain d’enquête, d’imagination et d’expérimentation collective. Erasme, accompagnés d’intervenants divers propose, via le dispositif des Classes Culturelles Numériques, aux collégiens et écoliers de la Métropole d’arpenter la ville pour comprendre le sens du mot habiter, pour observer nos quartiers, pour en découvrir les fonctions cachées et celles plus visibles qui nous impactent... Mais le projet ne s’est pas toujours appelé ainsi. On vous raconte toute l’histoire.
2015 – 2019 : L’exploration philosophique et géographique
Durant toute cette période, cette aventure collaborative est dirigée par le philosophe Jean-Philippe Pierron ainsi que les géographes Michel Lussault et Clément Dillenseger, en partenariat avec l’École Urbaine de Lyon, l’Agence URBA et le Service Data Grand Lyon.
👉 Découvrir le site habiter.laclasse.com
A partir d’une question simple en apparence, "Peut-on habiter la ville sans la raconter ?", les chercheurs invitent les élèves à explorer leur quartier puis à lui attribuer un nouveau nom. Pour cela, les collégiens observent attentivement l’architecture, l’environnement, la faune et la flore qui les entourent. Ce nouveau nom, le "toponyme", leur permet de s’approprier le quartier pour ensuite le réinventer...
Ensuite, ils sont invités à se demander : Pour habiter et vivre ensemble, suffit-il d’être rassemblé pour faire une assemblée ? Pourriez-vous inventer une machine à habiter ?
Pour relever ce défi, les élèves n’imaginent pas des robots ou des supports technologiques mais choisissent le pouvoir des mots. Ainsi par exemple, en 2016, la classe du collège Pasteur, baptisée « les anamorphoseurs arroseurs arrosés » donne vie à une incroyable "machine à slamer" :
Exemple de 2016 : La machine à slamer
"H Dans ma machine à habiter, il y a de l’humanité. Des habitants qui ont de l’humour et qui font vivre la bonne humeur.
On illustre l’histoire de d’main. Les humanoïdes sont humanisés.
Dans ma machine à habiter on est tous humanitaires et on vit dans l’hospitalité.
On dit non au harcèlement. On joue de l’harmonica pour vivre en harmonie.
Tout le monde est heureux ……avec un grand H.
A Dans ma machine à habiter, il y a une assemblée, utile, utile.
Apprendre c’est important. L’architecture c’est amusant.
Aménager c’est dur, besoin d’aide, assistance. Oups.."
La suite est à découvrir dans les archives du site en ligne.
2018 :
Cette année-là, le philosophe et le géographe invitent les classes à décrire leur quartier idéal. Les classes dessinent leur ville rêvée. Une ville plus accueillante, plus verte, plus juste.
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2019
En 2019, le géographe Clément Dilenseger lance aux collégiens un défi prospectif à travers un courrier fictif des Nations Unies : il les invite à « (Dé)ménager » leur quartier. L’idée ? Imaginer le déplacement de leur ville vers une autre planète pour échapper aux conséquences du réchauffement climatique.
Les élèves commencent alors à concevoir cet exil impossible : que faudrait-il emporter ? Que reconstruire ailleurs ? Que laisser derrière soi ?
Mais très vite, une évidence s’impose : il n’existe pas d’échappatoire. On ne déménage pas, il n’y a pas de planète B. Face à cette impossibilité, le projet bascule : puisqu’on ne peut pas « déménager » son quartier, il faut apprendre à le « ménager ».
Les élèves s’engagent alors dans une réflexion concrète sur les solutions viables pour prendre soin de leur environnement proche. Ils débattent, formulent des propositions, écrivent le compte rendu imaginé d’un conseil municipal fictif comme ce fut le cas à Corbas où la ville devient un véritable sujet politique.
La dernière étape consiste à revenir au réel : identifier des actions possibles, réfléchir à leur mise en œuvre, envisager comment, à leur échelle, ils peuvent contribuer à transformer durablement leur quartier. Les élèves du collège René Cassin ont imaginé un conseil municipal fictif de la Ville de Corbas afin de faire leurs propositions. Voir cette année-là le compte rendu imaginé du Conseil municipal de Corbas.]
Chaque élève a fait la proposition d’une action concrète afin d’améliorer leur quartier dans le futur. Ils ont illustré leurs idées sous forme de dessins...

Réalisation de l’école Michel Servet en partenariat avec le collège ampère
L’École Urbaine de Lyon (2018 - 2021)
Durant son existence entre 2017 et 2023, l’École Urbaine de Lyon s’est fortement impliquée dans les Classes Culturelles Numériques, un dispositif qui évoluera plus tard vers la Cité Anthropocène. Le géographe Michel Lussault, le philosophe Jean-Philippe Pierron et le doctorant Clément Dillenseger ont ainsi accompagné de nombreux collégiens dans cette exploration.
Conduit durant cette période, le projet Invisible(s) illustre parfaitement la rencontre entre création artistique, territoire et innovation pédagogique. En binômes, des classes d’école et de collège d’un même quartier ont partagé la découverte de la nature spontanée en ville, dont le développement a été favorisé par l’arrêt des produits phytosanitaires. Accompagnés par l’artiste plasticienne Dominique Eyvrard, l’ingénieure paysagiste Edith Simorre, puis le vidéaste Florent Labre, les élèves ont photographié les herbes folles et les interstices fertiles lors de balades urbaines, avant de les géolocaliser sur une carte UMap. Au-delà du travail documentaire, les enfants ont imaginé et raconté les histoires des petits peuples cachés dans ces micro-paysages.

Lors du confinement de 2020, ce projet a pris une résonance particulière en se poursuivant à distance. Grâce aux consignes stimulantes et aux petits outils vidéo proposés par Florent Labre, les élèves ont continué à observer et à filmer le réel depuis leur fenêtre, maintenant un lien vivant malgré l’isolement. Mené avec le CAUE Rhône Métropole et le Service Data du Grand Lyon, ce projet a prouvé que l’exploration de l’environnement proche est un formidable levier d’imaginaire et de coopération.
MaVille s’écrit en partenariat avec le CAUE Rhône Métropole
Depuis 2021, la collaboration avec le CAUE Rhône Métropole, qui cofinance le dispositif, s’est encore enrichie. Les thématiques annuelles et les expositions de l’organisme nourrissent directement les défis lancés aux classes. Trois architectes se sont succédé pour animer cette période et inviter les élèves à se projeter : Mélina Ramondenc, Geoffrey Michel, puis Félix Roudier-Canler. Retrouvez l’historique complet sur le site maville.laclasse.com.
Sous l’impulsion de Mélina Ramondenc, les jeunes ont d’abord exploré la question de leur mode de vie futur, illustrée par le projet marquant de Pont Hôtel imaginé par les élèves de l’école Gerson.

Par la suite, l’architecte Geoffrey Michel a proposé aux classes de pirater l’espace public pour l’améliorer. Après un arpentage des rues à l’aide d’une boussole déboussolée, on a vu la brigade de poésie urbaine de Saint-Fons déposer des papillons verts sur les pare-brises ou raconter des histoires aux passants.

Focus : La Charte et le Lab des espaces publics
Animé par la Direction de la Maîtrise d’Ouvrage Urbaine de la Métropole de Lyon, le projet du Lab des espaces publics partage une histoire commune avec les Classes Culturelles Numériques, puisque tous deux ont été incubés à Érasme. Le Lab s’appuie sur la Charte des espaces publics, adoptée en juin 2023 après une démarche collaborative ayant mobilisé plus de 500 professionnels, parmi lesquels des élus, des techniciens et des experts, afin de fixer six grands défis pour concevoir la ville de demain. Ce texte a été rédigé par Caroline Huin (Maitrise d’ouvrage et conseil - Lab des Espaces publics à la Métropole de Lyon).
Désormais, les élèves de la Classe Culturelle Numérique intègrent ces six défis dans leurs propres projets. Pour les inspirer, le Lab leur propose de visiter, au cours de l’année scolaire, un aménagement urbain récent situé à proximité de leur établissement, ce qui leur permet de découvrir le métier de chef de projet urbain. En fin d’année, les élèves sont reçus à l’Hôtel de la Métropole pour présenter leurs travaux et défendre leurs maquettes directement dans la Salle du Conseil.
Aujourd’hui, nous poursuivons notre appropriation des espaces publics, pour apprendre, pour jouer, pour s’exprimer et sans oublier pour continuer de rêver.
C’est l’illustrateur et architecte Félix Roudier-Canler qui nous propose de réinventer la ville à partir de 2025. Architecte de formation et passionné d’illustration, Félix porte un regard singulier sur le monde et ses représentations.
C’est le sens donné à "Felix-illustra", un atelier où les créations interrogent l’illustration et la fiction comme outils de représentation du projet architectural et urbain. Ses oeuvres graphiques questionnent différentes thématiques universelles par le biais de la représentation architecturale : réchauffement climatiques, montée des eaux, crise sanitaire, image ludique.
Il invite les élèves à repenser leur relation avec la ville. Guidées par un personnage imaginaire, les classes analysent leur environnement et le transforment en projet. Elles découvrent la démarche de l’artiste et son œuvre "L’Odyssée des Mille Lieux", avant d’explorer la ville idéale et d’imaginer les espaces publics de demain.
Chaque année, les classes participantes, jusqu’à 10 classes par CCN, rencontrent les professionnels et font avancer leur travail à leur contact.
Voir ici le déroulé des visites 2026 avec Félix Roudier-Canler, le CAUE et la DMOU.
Au mois de mai/juin, les élèves se retrouvent pour présenter leurs travaux devant leurs pairs, les professionnels et les élus : maquettes, films, mises en situation. C’est l’occasion d’échanges très riches sur la vision de la ville et la manière dont nous la vivons au quotidien. La restitution des CCN est toujours un moment très fort, où tous les élèves se rencontrent en fin d’année, dans un lieu emblématique de la thématique abordée. Ici la Salle du Conseil de la Métropole :

“Cette première expérience autour de l’atelier Ma Ville a été une très belle surprise. J’ai été épaté par l’imagination des collégiens et par la diversité de leurs propositions. Certains projets étaient très utopiques, d’autres plus réalistes, mais tous répondaient avec beaucoup de justesse à des enjeux actuels de leur territoire : le vivre-ensemble, la nature en ville, les mobilités ou encore les espaces de rencontre. L’illustration leur a permis d’exprimer des idées qu’ils n’auraient peut-être pas formulées autrement. La plateforme en ligne a également été un véritable atout : elle a rendu les échanges simples et fluides tout au long de la construction des projets, tout en permettant un suivi régulier. Enfin, la restitution a constitué un moment fort, où les élèves ont pu présenter leurs idées, confronter leurs points de vue et échanger avec les autres participants. C’était une expérience à la fois créative, pédagogique et profondément enrichissante.” - Félix, intervenant sur le projet.
Un temps important de présentation et de valorisation du travail de l’année, mais surtout un moment de prise de parole très créatif, de tous les élèves pour la première fois réunis en présentiel après une année de travail coopératif en ligne.
Au fil des années, le projet transforme profondément la posture des élèves. Ils gagnent en confiance en découvrant que leurs idées intéressent réellement des professionnels et des élus. La prise de parole dans la salle du conseil devient un moment fort : défendre une maquette, argumenter un choix d’aménagement, expliquer une intention architecturale. Ils comprennent concrètement le rôle des élus et des techniciens dans la fabrication de la ville. Les échanges avec les urbanistes, architectes et responsables de projets leur permettent d’expérimenter le débat, d’écouter des points de vue différents et de confronter leurs propositions aux contraintes réelles.
Peu à peu, ils découvrent qu’habiter la ville, ce n’est pas seulement y vivre, mais aussi participer à sa réflexion collective. Apprendre à débattre, à proposer, à négocier et à imaginer ensemble devient une compétence citoyenne à part entière.
MaVille continue d’ouvrir des espaces d’expérimentation où la ville devient terrain de jeu, de réflexion et d’engagement. Une génération d’élèves a déjà contribué à imaginer la ville de demain.
Les suivantes poursuivent l’aventure…
... et cette aventure coopérative va engager demain de nouveaux élèves, en effet nous allons accueillir en 2026-2027, 3 écoles de la ville d’Erevan, en Arménie, pour les faire travailler avec les élèves des communes de la Métropole de Lyon et l’illustrateur Félix Roudier-Canler.
